samedi 9 février 2013


Nina par famillevarlet

lundi 2 avril 2012

Publication de la pièce "Un jour La nuit"



Depuis hier, 1er avril -et ce n'est pas une blague!- la pièce de théâtre "Un jour La nuit" est disponible à la vente chez Lulu.com!
Elle bénéficie d'une superbe couverture exclusive réalisée par Rodolphe Martinache, une première invitation vers la magie...!
Vous pouvez dès à présent la commander en ligne en suivant le lien ci-dessous, au prix indicatif de 6€*.
(Re)vivez la magie en famille, entre amis, avec vos enfants, ou en toute individualité, dans l'intimité d'une obscurité vespérale... La lecture peut se vivre sous des formes infinies!

Pour acheter le livre, c'est ici!

* (TVA non comprise. De même, les frais de port pour un exemplaire s'élèvent à 3,99€. Préférez donc les commandes groupées, si cela vous est possible)

Le livre est accessible aux jeunes (bons) lecteurs à partir de 8 ans, la pièce "charnelle" est elle visible dès 5 ans.

dimanche 24 janvier 2010

(Re-) Conquête Elémentaire

(petit inédit tout frais de maintenant... 00h37)


Être l’enfant noyé sous le flot de ses pleurs
Mais émerger enfin des vagues de mémoire
S’élever vers la lune, en nuage, en espoir
Reconquérir les eaux, désaltérer sa fleur

Être l’homme atterré à l’âme ensevelie
Mais reprendre racine où s’enterrent les peurs
Ressemer l’énergie sous celle qui se meurt
Reconquérir la terre et cultiver la vie

Être l’amant brûlé, consumé par sa flamme
Mais conserver la braise au cœur de cendres grises
Ranimer la chaleur en caresses éprises
Reconquérir le feu pour l’offrir à sa Dame

Être fou, étouffé de cris, d’écrits d’adieu
Mais retrouver le souffle et taire l’oraison
S’envoler en parole, en sage déraison
Reconquérir les airs, vents déviés, vous envieux.

Et nous deux.
                        

vendredi 22 janvier 2010

La Nuit, L'Ami



(chanson extraite d'une pièce de théâtre pour enfants, Un Jour La Nuit, jouée pour la première fois par les Femmes S'Entêtent, compagnie théâtrale de Linselles,  le 5 juin 2002. Des extraits -ou l'intégralité?...- de la pièce prochainement sur ce blog!)

Quand la lumière s’éteint, on attend le matin
Bambin n’a plus d’ennui, c’est l’ami de la nuit
Quand le noir de satin l’emporte par la main
Ses rêves ne sont plus gris, c’est l’ami de la nuit

La nuit c’est de l’amour, du repos pour le jour
Un manteau de folie qui réchauffe la vie
La nuit c’est de l’amour, du repos pour le jour
Bambin n’a plus d’ennui, c’est l’ami de la nuit

Quand vivent les couleurs dans les yeux du dormeur
Bambin, même à minuit, est l’ami de la nuit
Les rêves n’ont pas d’heure, et Bambin n’a plus peur
L’aujourd’hui se finit, c’est l’ami de la nuit

La nuit c’est de l’amour, du repos pour le jour
Un manteau de folie qui réchauffe la vie
La nuit c’est de l’amour, du repos pour le jour
Bambin s’est endormi, c’est l’ami de la nuit

Quand les étoiles veillent, la magie se réveille
La lune est sans souci, c’est l’amie de la nuit
Quand leur enfant sommeille, les parents s’émerveillent
Bambin est endormi, c’est l’ami de la nuit

La nuit c’est de l’amour, du repos pour le jour
Un manteau de folie qui réchauffe la vie
La nuit c’est de l’amour, du repos pour le jour
Bambin, grand ou petit, est l’ami de la nuit

Quand les enfants sont grands, qu’ils deviennent parents
On peut croire qu’ils oublient d’être amis de la nuit
Ce sont de grands enfants qui rêvent pour l’enfant
Bambin, leur tout petit, est l’ami de la nuit

La nuit c’est de l’amour, du repos pour le jour
Un manteau de folie qui réchauffe la vie
La nuit c’est de l’amour, du repos pour le jour
Un grand tour de magie, la nuit reste l’ami

jeudi 21 janvier 2010

Le Règne Passé de l'Araignée


Dans mon jardin à l’abandon
Triste mémoire et feu passion
Se tissent toile où je me perds
Où je vais, les deux font l’épeire.

Là où le désordre a régné
Tout s’est lié pour me piéger
Prenez la fuite, espoirs maudits
Dans les filets de l’araignée !

Dans mes champs vides en jachère
Les chants trop lourds restent à terre
Découpés à coups de regrets
Le faucheux guette dans les prés.

Hurle à la lun’, sombre mémoire
Ou fuis vers l’avant, si tu l’oses
Tu es trop pleine, noire histoire,
Derrière toi court la lycose !

Et pour te noyer dans ta bulle
De solitude, anachorète,
Elle t’enrobe de sa tulle
Et t’y maintient, l’argyronète…

Même en mon home, esprit fermé
Où les recoins sont des refuges
Le rêve enfoui s’autogénère
Et s’y repaît la tégénaire…

Et prisonnier de l’hier-soir
Je sacrifie mes voluptés
Car le mal n’est plus dévoré
Endeuillé par la veuve noire.

Rampez, aujourd’hui, noires reines
Rompez les rangs, fuyez, mourez !
C’est la débacle de mes peines
L’arachnicide à coups de pieds !

mercredi 20 janvier 2010

Le Grand Poussé (exclusif rien-que-pour-vous: la moitié du conte!)

(ce conte est tiré d'une série de contes, Les Contes Attitrés, tirant leur inspiration d'un jeu de contrepet, d'homophonie et/ou d'antinomie sur les titres de contes traditionnels. La trame, elle, n'est pas nécessairement en rapport avec le conte initial)


Il fut un temps, à une certaine époque, en une période assez floue bien qu’unique d’une Histoire qui nous échappe, en une saison solitaire et décalée d’un monde passé qui survit au travers de l’imagination et de la mémoire (la mémoire, travers de l’imagination), bref, il était une fois, il y a bien longtemps, une famille très, très pauvre et très, très grande : deux parents -un père, une mère, rien que du très classique- et sept enfants -ce qui tend à être déjà quelque peu moins banal.
         Oui, sept enfants, dites-moi ! Et, je vous le dis, sept enfants, ça fait beaucoup, beaucoup de bouches à nourrir ! En comptant la bouche du matin, la bouche du midi, celle du goûter et celle du soir, et en y ajoutant ce qu’il faut garder pour la bonne bouche, sans mentir, cela fait cinq bouches que multiplient sept marmots, soient trente cinq bouches par jour à rassasier ! Oui, je précise bien : à rassasier. Car, précision de poids, ces sept enfants étaient grands, forts et musclés, et n’arrêtaient pas de manger ! Ils avaient tout le temps faim, pas de place pour faire la fine bouche ! Et c’était normal, pour des grands gaillards comme ceux-là ! Surtout pour le plus jeune d’entre eux, qui était aussi le plus grand et le plus baraqué de tous. Il avait huit ans, et il avait l’air d’en avoir vingt sept et demi, dites-moi. Oui, je vous le dis, vingt sept et demi ! Rendez-vous compte ! Et encore : vingt sept ans et demi, mais en âge de géant ! En fait, il était tellement grand, il avait tellement poussé, que tout le monde l’appelait le Grand Poussé.
         Pour les parents, pauvres comme ils étaient, c’était plutôt embêtant ! Le Grand Poussé, à lui tout seul, buvait chaque matin deux litres de lait entier avec son banania, le jus de cinq oranges pressées, une douzaine de tartines de pain complet beurrées, confiturées, nutellatées ou vache-qui-ritées, trois pommes fraîches et deux bananes, ce qui fait cinq et trois huit et deux dix, dix fruits ingurgités le matin par notre grand costaud, dites-moi ! Oui, je vous le dis, dix fruits ! Et encore, il s’agissait là seulement du menu du Grand Poussé, et il y avait encore ses six frères qui devaient manger, rendez-vous compte ! Une sacrée bande de bouche-en-train…
         Pour les parents, c’était la catastrophe ! Ils étaient ruinés, ce qui n’est sommes toutes pas très grave pour des gens déjà très pauvres, mais surtout le père avait dû revendre sa télévision et ne pouvait plus regarder ses matches de football, et la mère avait dû revendre son fer à repasser et ne pouvait plus faire sa musculation du poignet (tellement importante pour fesser ses costauds de rejetons)…
         Le père disait :
-         Quelle catastrophe ! Nos enfants sont des ogres !
         Et il disait encore :
-         Je ne peux plus regarder mes matches de football !
         Et il concluait en pleurnichant :
-         Nous sommes ruinés !
         La mère disait :
-         Nos enfants ont des ventres de baleines !
         Et elle disait encore, en se tordant les mains :
-         Et j’ai dû revendre mon fer à repasser !
         Et elle concluait en larmoyant :
-         Nous sommes ruinés !
         Et, ensemble, ils s’accordaient, en sanglotant :
-         Oui, nous sommes ruinés, enfants ruineux, c’est la ruine ! Qu’allons-nous faire ? Qu’al-lons-nous-fai-re !?
         Une nuit, alors que tout le monde dormait (sauf le hibou, la chauve-souris et l’écrivain, qui eux, dorment le jour), le sommeil de notre Grand Poussé fut perturbé par les gromblements[1] de son ventre : il avait une petite faim, dites-moi ! En fait, il avait une grosse, grosse faim, une énorme, une terrible faim, je vous le dis ! Peut-être restait-il du poulet dans le réfrigérateur ? La question méritait d’être posée…
-         Rrrooon piiiich s’qui n’y a encore un p’tit poulet dans le frigidaire ? se demanda le Grand Poussé en se réveillant.
-         Gromble ! répondit son ventre.
-         Hhhhrrrwâââââ !… n’a pas compris ! dit l’enfant en baillant.
-         Gromble ! Gromble ! dit encore sa bedaine.
-         Gngngngnîîîîî ! Ca veut dire oui, ça ? questionna-t-il en s’étirant.
-         GROMBLE ! gronda le bidon.
-         Je crois que ça veut dire oui, décida le benjamin de la famille (qui n’était pas le cadet des soucis de ses parents, je vous le dis…). Allons chercher du poulet !
Il se leva précautionneusement pour ne pas se cogner au plafond, puis se dirigea, accompagné d’un « gromble » d’encouragement de sa panse, vers la volaille de ses pensées. Pour atteindre le frigo, il fallait d’abord descendre les douze marches de l’escalier en bois de l’appartement familial. Elles grinçaient toutes un peu, sauf la huitième marche, qui grinçait beaucoup. Gnîk, gnîk, gnîk, gnîk, gnîk, gnîk, gnîk, GNNÎÎÎÎÎKKK ! Houlà, chuuuut !…  Le Grand Poussé s’immobilisa un instant… Silence… Puis il reprit sa descente, gnîk, gnîk, gnîk, gnîk. Il arriva au rez-de-chaussée, se précipita prestement dans la cuisine, ouvrit le frigidaire, et avala goulûment une cuisse de poulet, puis une autre, puis une aile, et la seconde, puis le cou, le croupion, le blanc fondant, la peau craquante, craquelante, croustillante… !
-         Miam ! Miam ! faisait la bouche en crescendo.
-         Gromble ! Gromble ! faisait l’abdomen en decrescendo.
-         Sschuiit ! Sschuiit ! faisaient des voix qui chuchotaient.
L’enfant s’arrêta net : il y avait effectivement des voix, des petites voix chuintantes qui venaient du salon, à côté ! C’étaient les parents… Le Grand Poussé tendit l’oreille, et voici ce qu’il entendit :
Le père disait :
-         On ne va pas s’en sortir. On n’a plus de sous. On a plein de dettes. Des dettes et des doutes, ça va faire date…
La mère disait :
-         On ne va pas s’en sortir. Pas de blé, pas d’oseille, pas un radis, pas une galette. A défaut de recette, mon dernier poulet ne sera pas accompagné…
Et elle ajoutait :
-         Si cela continue, on va aller en prison ! Ce serait terrible pour les enfants…
Et le père concluait :
-         Il faut les abandonner.
Et la mère acquiessait :
-         Oui, il faut les abandonner.
Et les deux parents s’encourageaient mutuellement :
-         Abandonnons-les. C’est mieux pour eux.
Le père résuma enfin la situation en disant :
-         Demain, nous prétexterons une balade familiale loin, loin dans la forêt pour faire un pique-nique, mais à l’heure du goûter, quand ils seront en train de se goinfrer, nous les abandonnerons, et ils se perdront.
Et sur ces mots, les deux parents quittèrent le salon et montèrent se coucher. Le Grand Poussé, qui avait tout entendu, s’interrogea :
-         Nous abandonner ? Comment vont-ils faire ?
Mais la question s’évapora, car son ventre ne gromblait plus et la fatigue se réinstallait. Il monta se coucher silencieusement, en enjambant les douze marches pour ne pas les faire couiner, et s’endormit sans souci.
Le lendemain matin, comme prévu, le père réveilla toute la maisonnée, ou plutôt toute l’achélémée[2], et annonça à ses enfants qu’il souhaitait au plus vite récupérer son téléviseur, et qu’ils allaient partir faire un pique-nique géant loin, loin dans la forêt. Sans toutefois faire de lien entre ces deux informations, les sept garçons accueillirent frénétiquement la seconde :
-         Wouah ! glapit l’aîné.
-         La vache ! beugla le second.
-         Chouette ! hulula le troisième.
Et ainsi de suite, jusqu’au septième :
-         Géant ! trompeta le Grand Poussé, petit dernier de la fratrie.
Et, de concert, les parents, les enfants, soient les neuf co-sanguins, s’engouffrèrent dans la deux-chevaux[3] familiale qui, heureusement pour notre héros, était décapotable et modulable, et ils roulèrent hors de la ville pour rejoindre la forêt qui se trouvait loin, loin, très loin, dites-moi ! Je vous le dis, ils roulèrent longtemps…
Arrivés à destination, on sortit toutes les victuailles du grand sac recyclable offert par le supermarché. Le père avait bien fait les choses, il avait utilisé sa carte de fidélité et ses coupons-réductions au grand magasin pour acheter à crédit la liste qui suit : fromages crémeux qui puent, saucissons d’ânes et rillettes d’oie, baguettes fraîches de pain, beurre fermier et fruits et légumes de saison accompagnés d’eau minérale volcanique (bref, le minimum requis pour un bon pique-nique français), mais aussi hamburgers, cheeseburgers, sandwiches, chips, nuggets, sodas et colas, milk-shakes et brownies (bref, le rêve américain lexical et gastronomique) ! Le soleil brillait au dessus des arbres, et les cigales chantaient :
-         Slurp Miam Crounch ! mâchaient les enfants.
-         Fû fû fûûû fû fû… ! sifflotaient les parents.
-         Ss ss ss ss ss ss ss ss ! chantaient les cigales.
Le temps resta ensoleillé, mais s’écoula tout de même, et il fût l’heure du goûter : des très bons cakes aux fruits confits préparés par la mère ! Gargantuesque !
-         Slurp Miam Crounch ! baffraient les frères.
-         Ss ss ss ss ss ss ss ss ! continuaient les cigales.
-         Tralala lala lalèèèè-reu… chantonnaient les parents.
Et, alors que toute nourriture avait été consommée, au moment où les cigales commençaient à se fatiguer de chanter, et tandis que les sept garçons s’engourdissaient dans une sieste digestive de bon aloi, le père et la mère se précipitèrent soudainement dans la deux-chevaux, et filèrent à toute berzingue, délaissant leur descendance à l’ascension de son destin ! Je vous le dis, ils abandonnèrent leurs enfants sans un regard, dites-moi !
-         Ils partent ! dit le grand frère.
-         Ils filent ! dit le grand frère adjoint.
-         Ils décampent ! dit le sous-grand frère.
-         Ils fuient ! dit le médian.
-         Ils s’éclipsent ! dit l’antépénultième.
-         Ils déguerpissent ! dit l’avant-dernier.
Et les six aînés de crier :
-         Ils nous ont oublié !
Le Grand Poussé précisa :
-         Mais non : ils nous abandonnent. C’est tout.
Ce fut la panique chez les six plus âgés ! Quoi ? Leurs parents les abandonnaient ? Ils les laissaient tout seuls à sept ? Ils les laissaient là sans même rester avec eux ? Catastrophe ! L’un se mit à geindre, un autre à se lamenter, un troisième à gémir, un quatrième à sangloter, un autre à s’apitoyer, et le sixième simplement à pleurer. Seul le Grand Poussé restait serein. Il souriait même, en voyant ses grands frères si démunis.
-         Ne pleurez pas, les frangins, tout va bien ! Papa et maman nous ont abandonné, oui, mais pas parce qu’ils ne nous aiment pas…
Et il raconta à tous ce qu’il avait entendu la veille, l’abandon programmé aux raisons nourricières : les parents trop pauvres pour sustenter d’aussi grands garnements…
Ses frères s’angoissèrent alors :
-         Qu’allons-nous faire ? Mais qu’al-lons-nous-fai-re ?!
Comme vous pouvez vous en douter, le Grand Poussé avait son idée. Il l’exposa donc gracieusement à ses frérots :
-         Nous allons rentrer à la maison, dit-il. Aucun problème pour cela.
-         D’accord, mais comment, hein ? grinça l’un.
-         Tu as semé des cailloux pour retrouver le chemin, c’est ça ? railla un second.
Et les six frères se moquèrent bruyamment en riant tristement.
-         Des cailloux ? répondit impassible le plus grand qui était aussi le plus jeune. Non, non, je suis trop grand, je n’aurais jamais su me baisser assez pour les retrouver ! Non, pas de cailloux semés. Mais il y a plus simple pour retrouver le chemin : il suffit de regarder pour s’orienter !
-         De regarder ? rirent les frères. On ne voit que des arbres autour de nous! Hahaha !
-         Vous oui, pas moi.
La réponse du Grand Poussé était laconique. Si ses six frères étaient des grands gars musclés, ils n’étaient cependant pas plus grands que des arbres tricentenaires. Mais lui, le géant, était si grand, dites-moi, qu’en se mettant sur la pointe des pieds il surplombait les cîmes de la forêt ! Je vous le dis, il voyait tout de haut ! Devant ses frères goguenards, il se dressa légèrement sur ses orteils, et tel un périscope sortant des flots de hauts-branchages, la main en visière, il scruta l’horizon par dessus les arbres, et avec ses grands yeux, discerna quelques dizaines de kilomètres au loin l’antenne parabolique du toit de l’immeuble H.L.M. des parents. Il reconnut même, un peu moins loin, la petite deux-chevaux qui se ruait sur l’autoroute !
-         C’est par là, dit-il à ses frères soudainement médusés. Je vois la voiture, je vois la route, je vois l’appartement. Tu n’as pas fermé ta fenêtre avant de partir, précisa-t-il au plus âgé. Maman ne sera pas contente.
Ses frères le regardaient, hébétés. Et d’un coup, ils se mirent à sauter et à danser autour de lui, en criant :
-         Vive Djipi ! Vive Djipi ! Il voit tout ! Vive Djipi !
D’habitude, ils appelaient leur frère « Minus », ou « Bébé », mais là ils étaient tellement reconnaissants que, pour marquer leur respect, ils le nommaient par ses initiales américanisées, « Djipi », parce que, à la française, G.P., ou Jépé, ça fait un peu ringard. Djipi reprit la parole :
-         Nous allons rentrer à la maison. Mais avant, nous allons profiter des ressources de la forêt pour revenir avec plein de nourriture, pour que papa et maman puissent nous nourrir. Les plus petits, vous allez cueillir des champignons, du trèfle, des pissenlits, et ramasser des escargots ; les plus grands, nous allons cueillir des fruits et chercher des œufs dans les nids d’oiseaux ; les plus rapides vous allez attraper des lapins, les plus forts nous allons chasser le sanglier. Allons-y, ne perdons pas de temps !
-         Oui, allons-y ! clamèrent les nouveaux optimistes. Vive Djipi ! Djipi-le-Grand !
Et la petite troupe s’ébranla pour vaquer à ses récoltes.
Dans la soirée, les sept beaux mioches, chargés comme des baudets de nourritures terrestres et naturelles, avaient repris pour de bon le chemin familial, suivant à l’aveugle leur grand petit frère qui se dirigeait à vue.
-         Il est tard ! bouillait un marmot, baillant comme une marmotte.
-         Il fait chaud ! s’enflammait un moutard, brûlant comme une moutarde.
-         Allez ! Continuons ! galvanisait le Grand Poussé, avalant les kilomètres comme une grande poussette.
Et les mouflets ruminaient comme des mouflons, dégouttaient comme des mouffettes, puis allongeaient finalement leurs pas sans moufter.
A l’appartement, les parents étaient déjà arrivés, et n’avaient pas perdu de temps : ils avaient revendu à la brocante tous les meubles, vêtements et jouets de leurs enfants, et le père avait acheté une nouvelle télévision (la mère, elle, n’aurait plus besoin de fer à repasser pour se muscler les poignets : sans enfant, plus de grosses fessées en vue, et son mari était petit…).
Le père disait, devant son match de football :
-         Aaah ! Quel calme, ça fait du bien de ne plus avoir d’enfant !
La mère disait, en se massant les poignets avec une crème de soin :
-         Oooh ! Quel repos, ça fait plaisir de ne plus avoir de rejetons !
Et le père et la mère poussaient de longs, longs soupirs, et disaient :
-         Que sont devenus nos pauvres gamins ? Pauvre de nous ! Pauvre de nous…
Les sept frères leur manquaient… Leurs yeux commençaient à s’embuer, lorsque le dring de l’interphone les tira de leur triste torpeur :
-         Dring ! Dring! fit l’interphone.
-         Football ! s’excusa le père.
-         J’y vais ! compris la mère.
Et elle alla décrocher l’appareil qui sonnait derechef. C’était leurs enfants ! Incroyable ! Les enfants avaient su revenir ! Elle débloqua le système de verrouillage à distance, et précipitamment, elle attendit, après avoir secoué son mari, que l’ascenseur arrive à leur étage !
L’ascenseur arriva, « ding ! », sa porte s’ouvrit, « clonck clonck », et la grappe fraternelle se désincarcéra de la cabine, fatiguée mais heureuse !
Les parents sautèrent au cou de leurs enfants, les embrassèrent, s’excusèrent, s’expliquèrent, et pleurèrent de joie et de culpabilité !
Quand ils virent qu’en plus les enfants ramenaient des provisions en quantité, ils refirent exactement la même chose, avec encore plus de sincérité : ils sautèrent au cou de leurs enfants, les embrassèrent, s’excusèrent, s’expliquèrent, et pleurèrent de joie et de culpabilité !
Les enfants, en sages, pardonnèrent, et l’on fit une omelette aux champignons géante pour fêter cette rapide réunion de famille ! Rassasiés pour pas un rond, le bonheur et l’optimisme étaient revenus dans l’achélémée…
Malheureusement, comme vous le devinez, cet optimisme ne dura pas, dites-moi… Et je vous le dis, le pessimisme se réinstalla. Deux jours plus tard, il n’y avait déjà plus rien à manger ! Les enfants, qui n’avaient plus de lits -revendus par leurs parents-, dormaient mal, et si l’adage nous précise que « qui dort dîne », la variante, « qui ne dort pas vide le frigo », est vraie aussi ! La famille était affamée, tout le monde avait mal aux oreilles à force de gromblements intempestifs, et le père avait déjà du revendre sa nouvelle télévision et n’en conserver que la télécommande. Ce qui le décida à tenir un nouveau conciliabule avec sa femme.
Le père dit :
-         Quelle re-catastrophe ! Nos enfants sont vraiment des ogres ! Je ne peux plus re-regarder mes matches de football ! Nous sommes re-ruinés !
La mère dit :
-         Qu’allons-nous faire ? Mais-qu’al-lons-nous-fai-re ?
-         Nous allons le refaire, répondit le père.
-         Quoi ?
-         Les abandonner. Il faut les ré-abandonner…
-         Oui, il faut les ré-abandonner.
Et ensemble :
-         Ré-abandonnons-les.
Puis le père précisa :
-         Il faut réussir notre coup cette fois-ci. Demain, sous prétexte d’aller faire un peu d’alpinisme, nous allons partir, loin, plus loin, au delà de la forêt : nous les abandonnerons derrière la chaîne de montagnes !
Et sur ces paroles tactiques, le tic tac du temps s’inquiéta de les pieuter.
Le Grand Poussé, qui, allongé sur le plancher de sa chambre, ne dormait pas, avait tout entendu avec ses grandes oreilles scotchées au sol, et sa réaction ne se fit pas attendre :
-         De l’alpinisme ? Ca va être grandiose !
Et, sans se soucier de son potentiel état d’abandonné latent, dans les vapes, il rêva de varappe.
Le lendemain matin, comme annoncé, le père réunit donc toute l’achélémée, et avertit ses enfants qu’il voulait voir le match des verts contre les bleus diffusé le soir même, et qu’ils allaient par conséquent faire un peu d’alpinisme loin, tres loin au delà des chaînes montagneuses. Les sept garçons,  sans voir de réel rapport entre ces deux nouvelles, accueillirent néanmoins la dernière avec appêtit :
-         Purée ! savoura l’un.
-         J’ai la frite ! frissonna l’autre.
-         La patate ! s’épata le suivant.
-         La banane ! La pêche ! Ca va être du gâteau ! apprécièrent trois autres.
-         Mes enfants croyez-moi, c’est vraiment de la tarte ! ajouta par principe la mère, en chantonnant un air de sa jeunesse[4].
Jusqu’à notre héros, qui en faisait également tout un fromage :
-         C’est plus fort que du roquefort !
Et, tout de go, les membres de la famille farcirent la menue deux-chevaux de leurs viandes variées, et, ainsi mis en boîte, ils roulèrent, roulèrent hors de la ville, cahotèrent à travers la forêt, peinèrent à grimper la montagne, et dévalèrent juste après. La chaîne de montagnes se trouvait vraiment très loin, dites-moi ! Et je vous le dis, ils voyagèrent longtemps…
Quand enfin la vaillante auto s’arrêta tard le soir, les jeunes découvrirent le paysage majestueusement simple et rocailleux de la montagne.
-         Oooh ! La mer ! dit un garçon en apercevant un lac démesuré.
-         Oooh ! La banquise ! dit un autre qui observait un glacier colossal.
-         Oooh ! La lune ! dit un troisième qui tentait de décrocher un globe rocheux titanesque.
Et ce, jusqu’à Djipi qui n’en faisait pas une montagne, lui :
-         Tiens, un nid de fourmis ! disait-il en scrutant un troupeau fourmillant de moutons.
-         Allez, les sept nains ! Au boulot ! interrompit le père, en jetant au sol tout le matériel utile aux alpinistes en herbe.
Il y avait là :
> des pioches (empruntées à sept petits compagnons d’un autre conte) qui serviraient de piolets ;
> une corde (subtilisée à un ami qui s’habillait en slip panthère et criait dans la jungle) qui servirait pour la cordée ;
> des mousquetons (il n’en avait trouvé que trois, mais les trois mousquetons en valent quatre ; et un pour tous aurait suffi…) ;
> deux-trois harnais (oubliés sous le cheval de Troie) ;
> des allumettes (égarées par une petite fille) pour se réchauffer.
Tout le monde s’harnacha au pied du flanc le plus vertigineux de la montagne, le Grand Poussé en premier de cordée, et le père et la mère en derniers (ce qui était stratégique, je vous le dis ! Vous le verrez par la suite !). Le temps était grisâtre, le vent frais grisait les enfants, et le père caressait comme un grigri la télécommande de télé qu’il avait en poche…
-         Allez, dadais ! dit le daddy, dédain déduit. A dada sans dodo sur la dodue dondon ! ajouta-t-il en parlant de la montagne qu’il fallait monter.
-         Grimpons en grappe grès et granit ! surenchérit la mère.
Et, de concert :
-         On se voit au sommet !
Le Grand Poussé s’ébranla avec confiance, et s’attaqua à la paroi reine de la montagne. Il grimpa, et la corde entraîna son premier frère, qui se mit à escalader également.
Et la corde tira le second, qui se mit à monter idem.
Et la corde emmena le troisième, qui s’éleva de la même manière.
Et la corde mit en mouvement le quatrième, qui se mit à gravir itou.
Et la corde mobilisa le cinquième, qui ascensionna à l’identique.
Et la corde conduit le sixième des frères de Djipi à se hisser aussi.
Et la corde… et la corde n’emmena plus personne, elle pendouillait dans le vide : les parents n’y étaient plus attachés, dites-moi ! Oui, je vous l’avais dit, c’était stratégique de se placer en derniers de cordée : quand leurs sept enfants avaient commencé à escalader, ils s’étaient empressés de se détacher, et de filer dans la deux-chevaux pour s’esquiver à toute vapeur !
-         Les parents ne sont plus attachés au bout ! dit le garçon au bout de la corde.
-         Comment ? dit son frère au-dessus.
-         Je dis : les parents ne sont plus attachés ! Fais passer !
-         Ah ! Ok !
Il fit donc passer à son frère qui le surplombait :
-         Hé ! Les harengs ne sont plus arrachés ! Fais passer !
Et, ainsi de suite, ils firent remonter l’information :
-         Les marrants ne sont plus à cacher !
-         Les marrons sont en purée, hachés !
-         Les marins sentent et puent l’arachide !
-         Les martiens s’entretuent à l’acide !
-         D’accord ! dit le Grand Poussé tout en haut. On maintient l’entrevue à la cîme.
Et, apercevant le faîte :
-         C’est brut et abrupt, mais on touche au but !
Il enjamba la crête de la montagne, et hissa d’une chiquenaude le chapelet de grimpeurs jusqu’à lui. C’est seulement à ce moment-là que les sept frères comprirent que leur papa et leur maman ne les avaient pas suivis…
-         Ils sont tombés ! Ils ont chuté ! Ils ont dégringolé ! paniquèrent les six plus âgés.
-         Mais non, ils nous ont encore abandonnés, c’est tout… les rassura le benjamin.
Et il leur expliqua la nouvelle détresse de leurs géniteurs… L’explication fut courte, les lamentations furent longues :
-         Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiin ! se lamentèrent longuement les loustics. Ils nous ont encore abandonnéééééééééééééééééééééés ! Nous sommes perduuuuuuuuuuuuuuuuus !


[1] Des gromblements ? Bien sûr que ça existe ! Ecoutez votre bedon quand vous avez faim, il vous dit : « Gromble, gromble, gromble… ». Non ? (NDLA)
[2] Une maison, c’est très cher ! Une H.L.M., c’est cher aussi, mais c’est moins cher quand même, même s’il n’y a pas beaucoup de place sur le balcon pour cultiver un potager et élever vaches et moutons ; du coup, il faut aller au supermarché, qui est très cher, mais moins cher que l’épicier du coin, qui pourtant n’est pas très riche… (NDLA)
[3] Il était une fois la 2CV, automobile sympathique d’il y a bien longtemps (NDLA)
[4] Celui de la « Java des bombes atomiques » (B. Vian),  « Pour fabriquer une bombe A,… » !

mardi 19 janvier 2010

Demon

Relief illustration from Stéphanie V.

Toi, mon Démon, mon diable au corps
Achète-moi, je vends mon âme
Contre la tienne, un simple don
Fait au paradis satanique

Explose mes envies dehors
Prends ma vie pour nourrir la flamme
Embrase mes nuits qui seront
-Méfie-toi- méphistophalliques

Erige notre éternité
Sur cette infernale émotion
Qui joue des feux comme du sang
Qui fait le désir amoureux

Casse ma simple humanité
Démonte-moi, tendre Démon
Et rétablis le doux dément
Le fou aimant, l’amant du feu

Mon âme damnée, éperdue
Se retrouve sans purgatoire
En errance libératrice
Toi, mon Démon, tu m’accompagnes

Dans la traversée de mes nues
Dans ta nudité d’ostensoir
Dans l’amour porté à nos vices
Toi, mon Démon, toi, ma compagne

Laisse ma main gravir tes monts
Mettre tes dessous en dessus
Ma pudeur, je ne sais qu’en faire
Ma peur s’attend à n’être pas

Enflamme-toi, mon doux Démon
Ne sois pas mon ange déçu
Dans notre montée aux enfers
Vers le plus léger des trépas